Artist’s Note

The idea of a possible film was born when I started working in cultural mediation for the visually impaired last year. My job was to describe what I see before my eyes to those who do not see.

The more detailed and precise the description, the more the designated object appears vividly. This technique can be found in the Greek word Ekphrasis which would be hypotyposis of today.

However, this attempt may strand on the shore of a land of “lost in translation” where the non communicable data dwells.

What does the ‘sea’ evoke to you?
One could hear the sound of the monstrous waves of a night or feel the salty air sticking to the skin. While another person would see the white foam carrying bits of wood, plastic… why not a dead jellyfish...

A simple word has multiple windows facing so many different landscapes. Neither a sentence nor a paragraph may bring us closer to a predetermined point.

Whether it’s playful or frustrating, both the blind and the sighted may find themselves lost in translation. I am intrigued by this territory of uncertainty where possibilities and beauties grow.
I wanted to explore this domain especially with those who organise their perception without the sense of sight.

The film’s made with the evolution of time and relationships with the participants. Various elements without hierarchy join the plastic and dialectical narration of the film.

What happens to the world and beauty when we do not see or do not see anymore?
I wanted to make a film that portrays sensory experiences and suggests the suspended moments as a space for aesthetic questioning.
                                                                  

Depuis le lointain 9’29” 2017

Jean-Pierre Ostende

Elle pratique la vidéo. Le numérique lui paraît si léger, presque immatériel. Et il se trouve qu’elle a du goût pour l’immatériel.

Elle travaille sur ce que l’on voit quand on ne voit pas. Son travail de médiatrice avec les aveugles l’a conduite à éprouver cette expérience particulière : ce que l’on voit quand on ne voit pas.

Quelle est la beauté invisible ? Et alors l’espace mental recherché devient plutôt fantastique, incroyable, inconcevable.

Elle préfère la narration fragmentée, la coexistence, la coïncidence intime entre le documentaire et la fiction.

Son protocole narratif ressemble à un jeu : on pourrait changer l’œuvre en tirant une carte. On pense à L’homme-dé de Luke Rhinehart, qui utilise un dé pour tirer au sort chacune de ses actions.

Les films d’Alain Cavalier, Ben Rivers (avec ses étranges personnages et communautés), le duo Teresa Hubbard et Alexander Birchler (la mémoire, l’espace, le temps narratif, de façon assez surréelle) la touchent beaucoup.

Elle privilégie une manière de narration molle, souple, douce, dissocie et désamorce les narrations linéaires. Toute intention trop prononcée la gêne. Une façon de dire que ce qui se voit bien ne s’énonce pas clairement.

Elle regarde, prélève, agence. Surtout le monde du travail : éboueurs, policiers, médecins. Les Flâneurs et Play Time - La créativité et l'anthropologie de tous les jours, voilà le titre de son mémoire. Dans Dreamdata Paris il s’agit des prostitués à Belleville et des vendeurs à la sauvette. Dans Depuis le lointain, le naufrage d'un bateau avec cinq cents lycéens (Tant qu’il n’y a pas de corps il n’y pas de mort). Dans Somewhere not here, à Dubaï elle interroge les ouvriers derrière les jolies façades.

Ses personnages, prostituées de Belleville ou vendeurs à la sauvette devant le Louvre, on les reconnaît, mais on ne les connaît pas. Ils sont visibles invisibles. Comme les aveugles, des êtres humains que l’on voit sans voir.

Plus que tout Jeunghae Yim aime ne pas figer sa pensée, assurant que, pour elle, l'incertitude des choses est une valeur ultime.





W H A T


H A P P E N S


T O


T H E
 

W O R L D


A N D


B E A U T Y


W H E N


W E


D O


N O T


S E E


O R


D O


N O T


S E E


A N Y M O R E


?